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Gestion du temps
7 min

Mannoubia CHAKROUN • Mis à jour le 15 juillet 2026
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Deux entreprises voisines, dans la même rue à Sfax. La première fait travailler ses salariés 48 heures par semaine, la seconde 40. Les deux sont parfaitement en règle.
Comment est-ce possible ?
Parce qu'en Tunisie, la durée légale du travail n'a pas un seul visage. Elle en a deux. Et le régime qui s'applique à votre entreprise n'est pas une affaire de préférence : il découle de votre secteur et de votre convention collective.
Vous tromper de régime, c'est fausser vos bulletins de paie, vos seuils d'heures supplémentaires et vos plannings — parfois pendant des mois, jusqu'au jour où un contrôle de l'inspection du travail le met sur la table.
En Tunisie, la durée légale du travail est fixée à 48 heures par semaine maximum dans le secteur non agricole. Elle peut être réduite à 40 heures — jamais moins — par convention collective ou texte réglementaire.
Le régime qui vous concerne dépend donc de votre convention de branche, pas d'un choix de l'employeur (article 79 du Code du travail, loi n° 66-27 du 30 avril 1966).
Retenez la logique : 48 heures, c'est le plafond ; 40 heures, c'est le plancher. Tant qu'aucun texte ne réduit la durée, c'est 48 heures qui s'appliquent par défaut. Le régime de 40 heures, lui, n'existe que si votre branche l'a négocié ou si un décret l'a ramené à ce niveau pour votre secteur d'activité (article 80).
Et c'est là que tout se joue. Les conventions collectives sectorielles (textile, hôtellerie-restauration, commerce, industries mécaniques, banques) priment sur le Code du travail dès qu'elles sont plus favorables au salarié.
Votre durée hebdomadaire y est inscrite noir sur blanc. Trois endroits vous la confirment :
Le secteur agricole, lui, change complètement de logique. La durée n'y est plus hebdomadaire mais annuelle : 2 700 heures par an au maximum, sur 300 jours de travail effectif (article 88).
Le piège classique ? Appliquer « 40 heures parce qu'on l'a toujours fait », sans avoir jamais ouvert sa convention. Le jour où un salarié réclame ses heures supplémentaires, l'écart se paie en rappels de salaire, et la facture peut remonter plusieurs années.
Le régime 48h verse un salaire mensuel minimum plus élevé. Le régime 40h, lui, paie mieux à l'heure, et déclenche les heures supplémentaires huit heures plus tôt. Deux régimes, deux logiques de coût. Voici les chiffres officiels en 2026.
Montants fixés par le décret n° 2026-67 du 30 avril 2026 (JORT n° 44), applicables au 1ᵉʳ janvier 2026. Les taux de majoration relèvent de l'article 90 du Code du travail.
Regardez la dernière ligne : c'est elle qui piège les employeurs. Un salarié au régime 40 heures qui travaille 45 heures est déjà en heures supplémentaires — alors que son voisin au régime 48 heures ne l'est pas encore.
Même semaine, même nombre d'heures, deux additions différentes. Et le SMIG affiché reste un plancher : votre convention collective peut imposer davantage.
Ni les heures supplémentaires ni la récupération d'heures perdues ne peuvent porter la durée hebdomadaire du travail au-delà de 60 heures (article 93 du Code du travail).
Ce plafond ne comprend pas les heures de dérogation permanentes. Il tombe uniquement en cas de travaux urgents destinés à prévenir des accidents imminents ou à organiser des mesures de sauvetage.
Les heures supplémentaires ne se décrètent pas non plus à la légère. À titre exceptionnel, l'inspection du travail territorialement compétente peut autoriser un employeur à prolonger la durée du travail (article 83). Quant à leur majoration, elle suit les taux détaillés plus haut.
Un cas revient souvent : l'interruption collective de travail. Une panne, une coupure, un arrêt subi par tout l'atelier. Ces heures perdues peuvent être récupérées dans les deux mois qui suivent l'interruption, mais elles se paient au taux normal, sans majoration. Et même en les récupérant, le total hebdomadaire reste plafonné à 60 heures.
Jusqu'ici, on a raisonné en semaine pleine. Plusieurs situations rebattent les cartes, et chacune a ses propres seuils.
Le temps partiel en Tunisie est plafonné à 70 % de la durée normale de travail applicable dans l'entreprise (article 94-2). Concrètement, si votre régime est de 48 heures, un contrat à temps partiel ne peut dépasser 33,6 heures par semaine ; sur une base de 40 heures, la limite tombe à 28 heures.
Ce contrat doit obligatoirement être écrit, et préciser la durée du travail ainsi que sa répartition sur la semaine, le mois ou l'année. Utile à vérifier avant de rédiger un contrat que vous croyez « partiel ».
Le Ramadan change lui aussi le rythme. Les horaires sont aménagés pour la période, souvent en séance unique, et l'été impose fréquemment le même réflexe dans le secteur privé.
Ces aménagements ne modifient pas votre durée légale de référence : ils réorganisent la façon dont les heures se répartissent dans la journée. C'est un sujet à part entière, traité dans nos articles dédiés au travail pendant le Ramadan et à la séance unique d'été.
Reste un dernier réflexe, et pas le moindre : encore faut-il pouvoir prouver les heures réellement travaillées.
Le Code du travail ne s'arrête pas aux seuils. Il exige aussi un cadre écrit : les salariés ne peuvent être employés que conformément aux indications d'un horaire précisant leurs heures de travail (article 85). Autrement dit, votre planning n'est pas un confort d'organisation, c'est une pièce de conformité.
Le scénario est toujours le même. Un ancien salarié réclame des heures supplémentaires impayées, ou l'inspection du travail demande à voir le décompte.
On sort alors un fichier Excel rempli à la main, en fin de mois, de mémoire. Des cases vides, des horaires arrondis, aucune trace des retards ni des départs anticipés. Face à une réclamation, ce document ne pèse pas lourd.
Le calcul se complique dès que les régimes cohabitent. Une entreprise avec des temps pleins à 48 heures, des temps partiels plafonnés à 70 % et des équipes en séance unique l'été gère trois seuils de déclenchement différents. Suivre ça sur un tableur, c'est accepter l'erreur.
C'est exactement le point que traite Esperoo : vos plannings du personnel sont construits selon le régime de chaque salarié, le pointage numérique horodate les entrées et les sorties, et les heures supplémentaires sont signalées dès qu'elles se déclenchent.
Vous ne reconstituez plus les heures a posteriori. Elles sont enregistrées au fil de l'eau, prêtes à être présentées en cas de contrôle et à alimenter votre paie en éléments variables fiables.
Oui. L'article 79 du Code du travail admet une limitation équivalente établie sur une période autre que la semaine, à condition que cette période ne dépasse pas une année.
Le Code du travail punit d'une amende de 24 à 60 dinars le non-respect des articles 79 et 80 sur la durée du travail (article 234). L'amende de 12 à 30 dinars sanctionne l'absence d'horaire régulier (articles 85 à 87) et les manquements sur la récupération d'heures perdues (article 92), en application de l'article 234-2.
Le montant paraît faible, mais il s'applique autant de fois qu'il y a de salariés concernés (article 236), et il est doublé en cas de récidive (article 237). Sans compter les rappels de salaire réclamés par le salarié.
Le Code du travail raisonne en semaine, pas en journée. Il fixe un plafond hebdomadaire de 48 heures et un maximum absolu de 60 heures, mais aucune durée journalière maximale pour les salariés adultes du secteur non agricole.
Deux garde-fous existent malgré tout : la journée de travail doit être coupée par un ou plusieurs repos (article 89), et votre convention collective peut imposer une limite journalière.
Non. L'article 63-2 du Code du travail interdit de charger un salarié de moins de 18 ans d'effectuer des heures supplémentaires au-delà de la durée normale du travail.
Non. L'article 94-12 du Code du travail interdit expressément le cumul du travail à plein temps et du travail à temps partiel.
Vous jonglez entre plusieurs régimes horaires, des temps partiels et des seuils d'heures supplémentaires qui ne se déclenchent pas au même moment ?
Esperoo construit vos plannings selon le régime de chaque salarié, horodate les pointages et vous transmet des éléments variables prêts pour votre paie. Découvrir Esperoo — essai gratuit.
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