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Gestion du temps
6 min

Mannoubia CHAKROUN • Mis à jour le 14 août 2026
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Vendredi, 19 h. L'atelier aurait dû fermer à 18 h, mais la commande part lundi matin. Trois ouvriers restent deux heures de plus. Personne ne discute : on finit, point. Le lundi, l'un d'eux demande comment ces deux heures supplémentaires seront payées, et le gérant réalise qu'il n'en sait rien.
Cette scène se rejoue chaque semaine dans des centaines de PME tunisiennes. Les heures supplémentaires, tout le monde en fait. Peu de dirigeants savent vraiment ce que la loi impose. Or un taux mal appliqué, ou un relevé d'heures bancal, se paie cher devant le conseil de prud'hommes, parfois des années après.
Une heure supplémentaire est une heure travaillée au-delà de la durée hebdomadaire normale de travail — 40 ou 48 heures selon le régime. Elle est calculée sur le salaire de base horaire, puis majorée. Le principe est posé par l'article 90 du Code du travail tunisien.
Un détail que beaucoup de gérants ratent : la majoration porte sur le salaire de base, pas sur le salaire brut chargé de primes et d'indemnités. Confondre les deux, c'est gonfler la paie sans fondement légal ou la sous-évaluer et s'exposer à un rappel.
Attention aussi à ne pas mélanger deux notions voisines. Une heure supplémentaire n'est pas une heure de récupération. Quand une entreprise rattrape des heures perdues après une interruption collective (panne, coupure, arrêt technique), ces heures récupérées se paient au taux normal, sans majoration : c'est l'article 92 qui l'encadre. La majoration, elle, ne vise que le travail commandé au-delà de la durée normale.
Le taux de majoration des heures supplémentaires dépend du régime horaire du salarié. L'article 90 du Code du travail tunisien fixe trois cas :
Connaître le taux de majoration ne suffit pas. Encore faut-il l'appliquer à la bonne base et au bon nombre d'heures, c'est là que les erreurs de paie se produisent.
Le calcul tient en trois temps :
Prenons un salarié en régime 40 heures, payé 1 000 DT de base par mois. Son taux horaire ressort à 5,769 DT (1 000 ÷ 173,33). Une semaine chargée, il travaille 50 heures, soit 10 heures au-delà de 40.
Les huit premières, jusqu'à la 48ᵉ heure, sont majorées de 25 % : 5,769 × 1,25 = 7,211 DT l'heure, soit 57,69 DT.
Les deux dernières passent à 50 % : 5,769 × 1,50 = 8,654 DT l'heure, soit 17,31 DT.
Total de la semaine : 75 DT d'heures supplémentaires.
Le calcul est simple. Le point faible est ailleurs : ces « 50 heures », il faut pouvoir les prouver. Un relevé tenu de mémoire ou sur un coin de tableur ne tient pas trente secondes devant l'inspection du travail.
C'est précisément ce que fait une pointeuse en ligne : chaque entrée et sortie est horodatée, le total hebdomadaire se calcule seul, et le décompte des heures au-delà du seuil devient incontestable. Vous partez d'un chiffre fiable, pas d'une estimation.
La durée totale de travail ne peut jamais dépasser 60 heures par semaine, heures supplémentaires et heures récupérées comprises (article 93). Seule une urgence (prévenir un accident, organiser un sauvetage) permet de franchir ce plafond.
Ce plafond n'est pas qu'une formalité : il garantit au salarié son repos hebdomadaire, auquel les heures supplémentaires ne peuvent pas se substituer.
Autre point que beaucoup d'employeurs ignorent : les heures supplémentaires ne se décident pas toujours librement. Un recours durable suppose une autorisation de l'inspection du travail, rattachée au Ministère des Affaires sociales (article 91).
Pour deux heures un vendredi soir, personne ne vous les demandera ; pour un surcroît qui s'installe sur des mois, la question se pose vraiment.
Dernier réflexe utile : le seuil de déclenchement suit la durée normale applicable, et celle-ci n'est pas figée. Pendant la séance unique d'été, les heures de référence baissent, une heure supplémentaire s'y déclenche donc plus tôt qu'en régime plein.
En cas de désaccord sur des heures supplémentaires, la loi tunisienne pose un principe simple : la relation de travail se prouve par tous moyens (article 6 du Code du travail). Ni le salarié ni l'employeur n'est cru sur parole. Celui qui présente des éléments datés et cohérents l'emporte.
Le piège tient au calendrier. Une réclamation d'heures impayées surgit rarement le lendemain : elle tombe des mois plus tard, parfois après le départ du salarié.
Reconstituer alors qui a travaillé quand, sur une année entière, tient de l'impossible quand rien n'a été tracé au fil de l'eau.
C'est là qu'un logiciel de planning fait la différence. Les plannings validés et les pointages s'archivent seuls, horodatés et exportables.
Le jour où un dossier remonte, vous ne reconstituez rien : vous sortez l'historique. La preuve est déjà là, constituée sans effort de dernière minute.
Oui. La majoration s'ajoute au salaire brut, au même titre que les primes et indemnités. Elle entre donc dans l'assiette des cotisations sociales CNSS, puis dans la base soumise à la retenue d'impôt sur le revenu. Aucune heure supplémentaire n'échappe à ce traitement.
Non. L'article 63-2 du Code du travail interdit d'imposer des heures supplémentaires aux salariés de moins de 18 ans, au-delà de la durée normale à laquelle ils sont soumis. L'interdiction est absolue, quel que soit le secteur.
Non, ce sont deux régimes distincts. Le travail un jour férié chômé relève de la réglementation sur les jours fériés, chômés et payés (loi n° 63-55 du 30 décembre 1963), et non de l'article 90 sur les heures supplémentaires.
Non. Des heures supplémentaires réellement accomplies au-delà de la durée normale sont dues et majorées selon l'article 90. L'employeur peut encadrer en amont le recours aux heures supplémentaires, mais il ne peut pas refuser de rémunérer celles qui ont bien été travaillées.
Revenons à l'atelier du vendredi soir. Le gérant qui ne savait pas comment payer ces deux heures supplémentaires n'avait pas un problème de droit : la règle, elle, est écrite noir sur blanc dans le Code du travail. Il avait un problème de traçabilité. Combien d'heures exactement, sous quel régime, et avec quelle preuve le jour où la question remonte.
C'est toute la logique des heures supplémentaires en Tunisie : le taux se lit dans la loi, mais la sérénité se joue en amont, dans un relevé d'heures propre et daté. Une majoration juste commence toujours par un décompte fiable. Le reste n'est que de l'arithmétique.
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